Bertrand Delanoë n'a pas réussi à raccrocher les Verts à son projet urbain
LE MONDE | 13.06.06 | 14h09 • Mis à jour le 13.06.06 | 14h09
Les Verts parisiens n'ont pas bougé. Comme ils l'avaient menacé, les élus écologistes
se sont abstenus, lundi 12 juin, lors du vote par le conseil de Paris du plan local d'urbanisme (PLU) défendu par Bertrand Delanoë, le maire (PS) de la capitale. Le plan a été adopté, grâce à la décision de l'UDF de ne pas voter contre.
La décision des Verts a rouvert la fracture au sein de la majorité parisienne, mal refermée depuis septembre 2005. Les élus écologistes et le maire de Paris s'étaient déjà vivement opposés sur la question du logement à la suite des incendies dans des immeubles insalubres parisiens, en août 2005. "Nous aurions souhaité que le PLU devienne un vrai plan d'urgence pour le logement à Paris", a expliqué René Dutrey, président du groupe Verts au conseil de Paris pour justifier l'abstention.
Des négociations menées depuis plusieurs jours avec l'exécutif avaient pourtant
permis la prise en compte de certaines de leurs revendications, notamment le projet de transformer 168 000 mètres carrés de nouveaux bureaux en logements dans les programmes des zones d'aménagement concerté. Ces avancées n'ont pas été jugées suffisantes par les écologistes.
"Cela me peine, me contrarie", a déclaré M. Delanoë. "Je n'ai pas la même conception du devoir que nous avons à assumer ensemble, a-t-il lancé aux Verts. Je n'ai pas un mandat facultatif, moi !"
Les élus socialistes et communistes qui ont voté, eux, le PLU jugent "incompréhensible" et "incohérente" l'attitude des Verts. "Allez comprendre !, ironisait un membre du cabinet du maire. Les Verts ont d'abord voté une première version du PLU en février 2003. Puis ils ont voté contre dernièrement dans leurs instances départementales. Aujourd'hui, ils s'abstiennent..."
"J'AI HONTE !"
Lundi soir, le maire et son entourage accusaient les écologistes, à mots à peine
couverts, de n'avoir cherché qu'un prétexte pour jouer leur partition au sein de la majorité. "Le document de février 2003 ne prévoyait pas plus de logements sociaux que celui d'aujourd'hui", raillait Jean-Pierre Caffet, adjoint (PS) à l'urbanisme.
En défendant la ligne de l'abstention, M. Dutrey a évité l'explosion du groupe. Certains élus Verts étaient prêts à voter contre le PLU, d'autres pour. Adjoint chargé de la
propreté, Yves Contassot a cru un instant pourvoir défendre la liberté de vote.
Il y a renoncé. "Dutrey voulait à tout prix l'abstention pour pouvoir apparaître comme le fédérateur et se positionner comme tête de liste pour les municipales à Paris", expliquait-il.
"Je soutiens Denis Baupin comme tête de liste à Paris", se récrie M. Dutrey qui assume en revanche la volonté de faire des questions urbaines un enjeu identiaire pour les Verts dans la prochaine campagne municipale.
"J'ai honte !, déclarait dans les couloirs M. Baupin, adjoint chargé des transports. Je ne considère pas comme une victoire que les Verts s'abstiennent comme l'UDF. J'aurais preféré que nous soyons capables de convaincre l'exécutif d'amender davantage le PLU."
Les socialistes se refusent pour l'instant à tirer les conséquences de cette nouvelle crise. "La question est de savoir s'il s'agit d'un coup conjoncturel lié aux turbulences du moment entre MM. Cochet et Voynet (candidats à l'investiture des Verts pour la présidentielle de 2007) ou si nous vivons les prémices de la bataille des municipales de 2008", indiquait M. Caffet. Dans ce cas, l'adjoint de M. Delanoë laisse entendre que le maintien des Verts dans la majorité serait difficile.
Le plan de déplacement urbain, dont la discussion, prévue en juillet, devrait être reportée en septembre, sera le prochain test de la solidité de l'attelage Verts, PS, PC, MRC. Son auteur principal, M. Baupin, se prévaut du soutien de M. Delanoë. Mais plusieurs maires d'arrondissement PS ont l'intention de freiner les nouvelles restrictions à la voiture contenues dans ce projet. "Il n'y aura pas de représailles", assure l'entourage de M. Delanoë. Mais après l'épisode de lundi soir, certains au PS et au PC rêvent tout de même d'un "match retour".
Béatrice Jérôme
Article paru dans l'édition du 14.06.06