Ecologie. Nicolas Hulot regrette le peu de poids des écologistes au sein des gouvernements :
«Un vice-Premier ministre pour l'environnement»
par Alain AUFFRAY
Libération QUOTIDIEN : jeudi 01 juin 2006
Nicolas Hulot, producteur de l'émission Ushuaïa et animateur de la fondation qui porte son nom, interpelle les candidats à la présidentielle. Après avoir refusé deux fois le ministère de l'Environnement, que lui offrait Chirac, il a renoncé à être lui-même candidat en 2007. Il craint que la division des candidatures écologistes ne les affaiblisse.
Vous étiez lundi l'invité du ministre de l'Intérieur. Serez-vous en 2007 l'alibi écolo de Sarkozy ?
Nicolas Sarkozy m'a proposé de parler devant l'ensemble des préfets. Pour moi, c'était une occasion inespérée de toucher des relais essentiels. Les préfets font la police de l'environnement. Ils sont en première ligne pour l'application de l'arsenal législatif, qu'il s'agisse de la mise en oeuvre de Natura 2000 (1) ou de la lutte contre les nitrates en Bretagne.
Que leur avez-vous dit ?
Que nous vivons en surrégime. On produit plus que la Terre ne peut donner, et l'empreinte écologique de l'homme n'est plus supportable. Envisager le développement durable, c'est se demander comment ne pas spolier les générations à venir. La clé, selon moi, c'est le découplage entre croissance économique et croissance matérielle, avec la mise en place d'une fiscalité écologique fondée sur l'énergie et non plus sur le travail.
Cela nécessite-t-il la présence d'écologistes au gouvernement ?
L'expérience montre que les ministres peuvent se retrouver impuissants. Dominique Voynet et Serge Lepeltier nous ont dit la même chose : «Au gouvernement, j'étais le seul écolo.» Un ministre, aussi compétent soit-il, ne suffit pas. C'est pourquoi je propose qu'en 2007 il y ait dans le gouvernement un vice-Premier ministre chargé de l'Environnement durable. Si on veut se mettre en ordre de marche, il faut forcément une coordination au plus haut niveau.
Qu'en disent vos interlocuteurs ?
Les responsables des deux grands partis, PS et UMP, ont accueilli favorablement cette proposition. François Hollande trouve que c'est une bonne idée, et Nicolas Sarkozy me dit : pourquoi pas ?
A-t-on besoin, en 2007, d'un candidat écologiste ?
Oui, malheureusement. Il est là pour combler un vide sidéral. Il faut reconnaître que les écologistes ont été des défricheurs. Sur ces questions, les grands partis sont totalement désinvoltes. A droite comme à gauche. Les Verts, pour Jospin, c'était d'abord une question stratégique. Il a pris Voynet dans son gouvernement pour élargir son assiette électorale.
N'êtes-vous pas vous-même tenté de vous présenter ?
On m'a approché. J'y ai réfléchi. Et, tout compte fait, l'aventure m'a paru trop hasardeuse. Il faudrait sortir de cette logique de rapport de forces qui veut que les gouvernements ne fassent de l'écologie que si le candidat des écologistes fait de bons scores. Moi, je m'adresse à Hollande, à Sarkozy, à Bayrou, et je leur dis : quel que soit le score des écologistes, vous devez prendre les mesures qui s'imposent.
Pourquoi pas un candidat unique des écologistes ?
Au fond, ce qui sépare les candidats déclarés Corinne Lepage, Dominique Voynet et Yves Cochet est infime. Il faudrait, c'est vrai, une candidature unique. Une candidature non dogmatique. Mais je crains qu'on soit mal parti.
Pourquoi les écologistes restent-ils si marginaux en politique ?
Parce que les intellectuels sont très en retrait. On ne les entend pas, on ne les lit pas. Ils se conduisent comme s'ils étaient immunisés contre le changement climatique. La mutation écologique, c'est le plus grand défi auquel l'humanité ait été confrontée. Le défi humaniste par excellence. Car, dans cette crise, les premiers qui trinquent sont les pays du Sud. Avec le réchauffement, ils vont subir les désordres que nous aurons provoqués.
(1) Cartographie des zones protégées en Europe, ndlr.
Le programme des Université des Verts est en ligne. On peut notamment noter la présence de Corinne LEPAGE présidente de CAP21 à une table ronde.
déclaré le secrétaire national des