La gauche tique sur la politique énergétique
Forum . Huit organisations politiques ont débattu, vendredi, du développement durable et de l’énergie.
Grenoble, envoyé spécial.
Une leçon : débattre nécessite du temps. Et du temps, les huit représentants d’organisations politiques de gauche, réunis vendredi dernier à Grenoble pour un forum sur le développement durable et l’énergie, en ont manqué. Dix minutes de parole sur deux heures et demie de discussion, c’est peu. « On se demande même à quoi ça sert », lâchera en fin de débat Miloud Sebeibit, du Parti radical de gauche (PRG), en réponse aux railleries de certains militants Verts, pas très ouverts à la contradiction.
Un débat frustrant, donc, pour une multitude de questions. Dans la salle, une centaine de personnes se sont relayées pour interroger les représentants politiques. Le progrès technique est-il la solution au changement climatique ? Quelle est votre position sur les nanotechnologies ? Quelle place réservez-vous aux citoyens dans la politique environnementale ? Comment concilier le développement durable et les besoins d’emplois ? Comment financer des transports moins polluants ?
Au final, si la gauche s’accorde timidement sur la notion de développement durable, elle ne s’entend pas lorsqu’il s’agit de politique énergétique. Avec, pour principal désaccord, l’usage du nucléaire civil. Les Verts veulent s’en passer, suivis par les Alternatifs et Régions et peuples solidaires. Le Parti socialiste (PS), en la personne de Béatrice Marre, secrétaire nationale à l’environnement et au développement durable, approuve du bout des lèvres. Au contraire, le Mouvement républicain et citoyen (MRC) et le Parti communiste (PCF) jugent l’atome incontournable. Alain Hayot, pour les communistes, sera d’ailleurs le seul à intégrer le nucléaire dans « un mixte énergétique », ménageant une large place aux énergies renouvelables.
Plus consensuel, le développement durable rassemble tout le monde. À ceci près que chacun a sa définition de la croissance. Les Verts prônent une « décroissance sélective », quand les communistes préfèrent une « croissance sélective », conditionnée à des critères de progrès sociaux et environnementaux. « Il ne peut y avoir de développement durable sans rupture avec le libéralisme, ajoute Alain Hayot. Mais s’en débarrasser ne suffit pas à assurer ce développement. » Une certitude : la dérégulation du secteur énergétique, orchestrée à l’échelle européenne, va à contre-courant des objectifs de la gauche.
Vincent Defait