En donnant à son parti son plus mauvais score depuis sa création - Antoine Waechter avait obtenu 3,78 % en 1988, Mme Voynet 3,32 % en 1995 et Noël Mamère 5,31 % en 2002 -, l'ancienne ministre de Lionel Jospin subit un revers magistral. Placée derrière Olivier Besancenot et Marie-George Buffet, elle perd l'espoir de représenter la deuxième force à gauche, comme les Verts le prétendaient en 2002. "Si les Verts sont laminés, on aura combien d'EPR, de semis OGM, d'incinérateurs ou d'autoroutes ?", avait-elle prévenu la veille du premier tour pour mieux conjurer la tentation du vote utile. Sans succès.
La candidate a eu beau se féliciter, dimanche soir, que ses électeurs aient "bravé le matraquage médiatique" et ne se soient pas "laissé dicter leur vote par des sondages", elle n'a pu masquer son échec à convaincre de la spécificité de son parti au sein de la gauche. Prenant acte du choix fait "par une majorité d'électeurs écologistes", Mme Voynet a appelé "sans ambiguïté" à voter pour Ségolène Royal le 6 mai.
Une bonne partie de son électorat a en effet opté pour la candidate socialiste, qui avait affiché sa "sensibilité" environnementale. Ségolène Royal s'était même adjointe dans sa campagne d'anciens Verts comme Aurélie Filipetti, Stéphane Pocrain ou l'ex-directeur de Greenpeace France, Bruno Rebelle.
"L'électorat Vert a préféré voter Ségolène Royal ou François Bayrou", reconnaissait la porte-parole Anne Souyris, mais "cette élection ne signifie pas une cote d'amour ou de désamour de l'écologie." "Ce n'est pas bon pour les Verts, admettait de son côté Noël Mamère. Nous avons payé au prix fort la volonté massivement exprimée par les Français de remiser dans les placards de la République le mauvais souvenir du 21 avril (2002)."
"ON SERA LÀ DEMAIN"
L'argument du vote utile revenait ainsi en boucle au Lavoir moderne, à Paris, où les militants se sont retrouvés dimanche soir. Le score de "Dominique" n'est pas à la hauteur de ce que les Verts représentent "réellement", répétaient-ils. L'élection présidentielle a toujours été un exercice difficile pour ce petit parti, insistaient certains cadres qui rappelaient les scores plus conséquents obtenus aux élections municipales ou régionales.
Face à l'échec, les dirigeants ont donc opté pour la méthode Coué en espérant rebondir lors des législatives. "C'est un accident politique, ce n'est pas une catastrophe. On est là et on sera là demain", martelait ainsi la secrétaire nationale Cécile Duflot. Même optimisme chez Yann Wehrling : "Pour les législatives, il est possible que les électeurs reviennent dans le giron", voulait croire le porte-parole.
Les proches de la candidate espèrent toujours avoir une oreille attentive du côté du Parti socialiste. Mais, prévient Denis Baupin, adjoint au maire de Paris, si "Ségolène Royal veut garder les Verts qui se sont sentis obligés de voter pour elle et récupérer ceux qui ont voté Verts, elle doit reprendre les idées des écologistes". "Nous sommes disponibles pour construire une majorité parlementaire, mais sur un projet", ajoute-t-il.
Pour l'heure, il n'en est pas question, affirme cependant l'entourage de Mme Royal. "On n'est pas dans la discussion de parti à parti", a précisé, dimanche soir, François Rebsamen, son directeur de campagne.
Laetitia Van Eeckhout et Sylvia Zappi
"C'est difficile pour elle", a déclaré le député Verts européen sur i-Télé. "Si Ségolène Royal se laisse enfermer dans un droite-gauche - c'est ce que veut (Nicolas) Sarkozy - elle a perdu. Elle perdra honorablement, elle fera 46, 47, même peut-être 48% mais elle ne peut pas gagner."