Les écologistes se sont étrillés autour du projet d’inviter le ministre à leur université d’été.
Par Matthieu Ecoiffier
Libération mardi 31 juillet 2007
Dur d’être écologiste au pays de Nicolas Sarkozy. Presque aussi dur que d’être socialiste en pleine «ouverture». A trois mois du «Grenelle
de l’environnement» concocté par le chef de l’Etat pour leur couper l’herbe sous le pied, les Verts se sont étrillés la semaine dernière sur une question apparemment anecdotique : inviter ou non
Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Ecologie, à leur université d’été, le 26 août à Quimper. «Cette idée de Voynet a provoqué une grosse polémique, raconte Jean-Vincent Placé,
président du groupe vert au Conseil régional d’Ile-de-France. Ça a été assez saignant, sur les listes Internet des Verts et au sein du collège exécutif [CE, organe de direction,
ndlr].»
«Se faire bouffer». Fallait-il organiser un débat lors de la séance de clôture avec, à la
tribune, le ministre d’Etat aux côtés de Dominique Voynet, ex-candidate à la présidentielle, et de l’eurodéputé Alain Lipietz ? Façon d’envoyer un signe d’ouverture et de replacer le parti au
centre du débat environnemental. Avec le risque que l’habile numéro 2 du gouvernement vole la vedette et se serve de ce raout pour augmenter sa crédibilité écologiste. «Réexister avec
Borloo ou se faire bouffer par Borloo, un vrai dilemme», résume Placé.
Le 23 juillet, lors d’un premier CE, une majorité de Verts étaient favorables à cette proposition. «Lipietz disait : Borloo y connaît que
dalle, on va l’éclater ! », raconte un participant. Le jeudi, ils étaient contre. Borloo n’en sera pas. «Il y a eu un intense lobbying des députés sexagénaires nationaux et européens.
Ils sont fascinés par l’ouverture. Comme, contrairement aux socialistes, personne ne les a sollicités pour aller au gouvernement, ils voulaient faire venir le gouvernement chez nous, ironise
un cadre du parti. Heureusement, l’opposition résolue de Cécile [Duflot, secrétaire nationale des Verts, ndlr] a prévalu». L’intéressée abonde : «La présence de Borloo aurait été
très confusionnante. Il était hors de question de donner du grain à moudre aux médias sur le mode : Et hop, Sarkozy a réussi à empapaouter les Verts ! » Duflot s’oppose aussi à la présence de
Borloo sur le fond : «L’écologie ce n’est pas seulement limiter la vitesse sur autoroute, mais rompre avec le libéralisme. Ça ne peut pas se faire avec la droite».
François de Rugy, le nouveau député vert de Loire-Atlantique voit dans ce refus du dialogue « un aveu de faiblesse. Dommage que
le réflexe du repli sur soi l’emporte, alors qu’on avait l’occasion de reprendre la main, de montrer que quand on parle d’écologie, c’est chez les Verts que cela se
passe».
«Prestidigitateur». Rugy assure ne pas être dupe d’un Sarkozy, aussi prompt à exploiter les faiblesses de
l’adversaire qu’à corriger les siennes : «Il avait été très mal noté par les associations pendant la campagne. Il va vite. Son Grenelle de l’environnement peut-être intéressant ou simplement
de la com, mais c’est aussi une manœuvre contre les Verts.» Pour lui, Quimper aurait permis de «prendre le prestidigitateur Borloo au mot sur les sujets qui fâchent : le nucléaire, les
OGM, l’agriculture et la qualité de l’eau.» En refusant d’inviter Borloo pour la forme, les Verts auraient donc fait, selon lui, le jeu du Président, sur le fond.