Par Maud PIERRON
leJDD.fr - 18/06/07
Dimanche soir, Noël Mamère a appelé ses troupes, au nombre de quatre, à constituer un groupe avec le PCF, qui
accueillerait cette proposition avec soulagement. En effet, avec 15 élus, les communistes ont sauvé les meubles et déjoué les pires pronostics, mais ils ne sont pas capables, seuls, de conserver
leur groupe parlementaire. Chez les Verts, la position de Mamère fait déjà débat.
Au soir de son élection dans la 3e circonscription de Gironde, le Vert Noël Mamère s'est immédiatement prononcé pour une alliance de son parti
avec le PC au Palais Bourbon. "Je pense qu'il faut que nous acceptions l'ouverture qui nous est proposée par Mme Buffet, que nous siégions à côté du PCF et d'autres forces de la gauche pour
avoir un groupe autonome à l'Assemblée nationale, autonome du Parti socialiste", a-t-il déclaré sur France 2. L'élu de Bègles a ensuite précisé que son invitation visait aussi le Mouvement
des citoyens de Jean-Pierre Chevènement, les radicaux de gauche et des divers gauche. "Passer cinq ans sans groupe était un calvaire", s'est-il justifié, promettant que les Verts
assurent une "opposition constructive" à la majorité. Toutefois, l'addition des quatre députés Verts - Noël Mamère, Martine Billard, François de Rugy et Yves Cochet - aux quinze
communistes officiellement recensés par le ministère de l'Intérieur ne permettrait toujours pas de passer la barre des 20, nécessaire à la constitution officielle d'un groupe.
Mais il faut également compter sur l'ex-communiste Maxime Gremetz, réélu dans la Somme mais non-inscrit sur le registre PCF, puisqu'il est entré en dissidence de son parti. Il semble toutefois
acquis qu'il siègera avec ses ex-camarades. Du coup, Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF jubilait lundi matin sur I-Télé, en assurant que, contrairement aux pronostics, le PC pourrait forcer
un groupe "avec des non inscrits, avec des élus des DOM-TOM, avec des élus progressistes de gauche". Alain Bocquet, président sortant du groupe PCR (communiste et républicain), a rappelé
lundi dans un communiqué que son groupe avait "de tout temps été ouvert à d'autres parlementaires de gauche. (...) Cette possibilité reste offerte, sans exclusive, aux député-e-s partageant
les valeurs de gauche, écologistes et progressistes auxquelles nous sommes attachés, chacun restant pleinement lui-même et conservant sa liberté de vote qui constitue, d'ailleurs un acquis de
longue date pour tous les membres du groupe", déclare-t-il.
Pour l'élu du Nord, "l'existence à l'Assemblée d'un groupe de député-e-s communistes et républicains partageant le primat de 'l'humain d'abord' est une nécessité politique et citoyenne
incontournable, clairement posée", souligne-t-il. Cette alliance Rouges-Verts au Palais Bourbon ne serait pas une première: en 1997, les Verts siégeaient auprès des communistes et des radicaux.
Ce pôle se situerait évidemment à la gauche du PS, "autonome du Parti socialiste", a insisté Noël Mamère. Dernièrement, les acteurs de feue la "gauche plurielle" s'étaient étripés au
sujet des accords pour les législatives. Le PS avait proposé aux parti écologiste, qui n'a recueilli qu'1,57% avec Dominique Voynet à la présidentielle, quatorze circonscriptions, contre un
désistement automatique des candidats Verts au profit des socialistes au second tour.
Dominique Voynet penche pour un "partenariat avec le PS"
Une proposition immédiatement rejetée par les Verts. La stratégie souhaitée par Mamère peut toutefois se révéler risquée, tant les positions des deux groupes sont parfois diamétralement opposées,
en particulier sur le nucléaire. Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, a précisé dimanche que le parti devrait "essayer de faire partie d'un groupe technique", qui ne serait
"pas forcément homogène". Cependant, cette tactique ne semble pas partagée par tous. "Légaliste", Dominique Voynet a fait valoir que l'élection de François de Rugy, le seul
nouveau Vert élu, est le fruit de la traditionnelle alliance PS-Verts. "C'est un encouragement sur la voie du travail en commun. Les écologistes ne peuvent rien faire de sérieux et de viable
seuls. C'est dans le partenariat avec le PS qu'on obtiendra des avancées sur le fond, comme d'un point de vue électoral", a-t-elle expliqué. "L'accord local, que nous avons passé contre
l'avis de la direction du parti, a été gagnant", se félicitait de Rugy.
Alors que les résultats de cette élection est plus que positif pour les Verts, qui gagnent un député par rapport à la dernière législature - pesant autant que le MoDem sur les bancs de
l'Assemblée - le parti est peut-être à l'aube de nouvelles secousses dont il a le secret, avec quatre élus et déjà trois voies différentes. Mamère se place lui sur le terrain de la refondation,
qu'il veut mener à l'écart du PS: "Nous avons à réviser notre stratégie et notre doctrine. Et à revoir nos statuts, qui privilégient les baronnies et le nombrilisme plutôt que
l'ouverture." Autre personnalité de poids, Yves Cochet, réélu à Paris, prône une "coalition réunissant les sociaux-démocrates, les écologies et le centre." Quant au PCF, il devrait
engager sans tarder sa propre "rénovation". Vendredi, Marie-George Buffet lancera "un appel pour un débat populaire et citoyen" dans ce sens.